Retour au paradis
« Mon arrivée ici, l’odeur typique, l’ambiance toujours dansante, l’atmosphère humide et les rues qui grouillent de monde m’ont véritablement fait un effet thérapeutique… Je suis contente de retrouver cette chaleur et cette animation typique du Brésil.
Après avoir passé plusieurs jours en ville, où nous nous sommes retrouvés au cœur de l’euphorie de l’élection présidentielle qui approchait, nous avons commencé notre travail dans des capoeiras (des forêts secondaires) et dans la forêt vierge. C’est assez éprouvant parfois, lorsqu’on rencontre des nids de fourmis ou qu’on est pris dans une masse de lianes, mais c’est vraiment passionnant ! J’ai évidemment déjà le corps boursouflé de piqûres de toutes sortes, mais je m’y habitue…
Alors voilà, je me retrouve enfin dans cette région qui m’apporte tant de réflexions… Je suis de nouveau frappée, à mon retour ici, par le contraste avec notre vie aseptisée dans une tour d’ivoire, loin de la réalité de la majorité des habitants de notre planète… »
Le dilemme de la conservation et de la dépendance à la terre
« Les premiers jours de terrain ont été marqués par des discussions intéressantes avec des agriculteurs qui sont – cela me surprend toujours – tellement passionnants à écouter… Notre travail tombe à pic
dans le contexte de l’adoption d’une loi visant à protéger la forêt primaire en obligeant les agriculteurs à garder au moins 80 % de leur terre en réserve forestière. Pour des écolos purs et durs, une telle loi peut paraître très bien, mais on oublie souvent que cela représente en quelque sorte une corde au cou pour ces millions de personnes qui survivent grâce a leur terre…
La force du noeud familial
Je regarde ces gens dénués de luxe mais vivant si près des êtres qui leur sont chers, et je comprends mieux pourquoi notre société est en train de dérailler… Ça me surprend toujours de voir des familles aussi fortes et se soutenant autant. Nous avons perdu cette complicité et ce soutien familial chez nous, au nord. »
Derniers moments magiques sur la rivière
« La fin du séjour a été une réelle boîte à surprises. Le jour d’un tournoi régional de soccer, le sport national
au Brésil (une vraie religion pour les Brésiliens), on souriait en voyant les dizaines de bateaux arriver des communautés environnantes, en réalisant bien qu’il serait impossible d’avancer dans notre travail. On s’est donc fait un plaisir de participer à l’événement. En plus, le surlendemain, c’était jour d’élection au Brésil, et tous les villageois devaient se déplacer dans une autre ville pour aller voter (le vote est obligatoire sous peine d’amende au Brésil). Réalités brésiliennes…
Tant d’heures passées en nature… Nous avons vu des forêts de toutes sortes, des bananeraies, et on a même eu la chance de croiser quelques singes. Mais je crois que le plus merveilleux a probablement été le spectacle auquel nous avons eu droit sur la plage après nos dernières journées de travail : celui que nous offraient les majestueux dauphins Tucuxi en sautant hors de l’eau juste devant notre bateau, pendant plusieurs minutes… magique… »
Retour dans la ville de Belém
« Nous voici déjà dans la grande ville de Belém. Ça me fait vraiment bizarre d’entendre autant de bruit et de voir autant de voitures ! Après autant d’heures de marche en forêt, je me sens bousculée par tout ce mouvement… C’est vraiment difficile de quitter le bateau et l’équipage après avoir vécu tous ces moments forts…
Enfin à Belém, j’essaie maintenant de passer à autre chose en réalisant ma chance d’avoir vécu cette expérience. C’est étrange, après un brin d’excitation au moment de me lancer dans UN LIT (!), je me suis sentie un peu étrangère devant cet acquis représentant toujours, pour plusieurs Amazoniens, un luxe… »
Pantanal : le plus grand milieu humide de la planète
« Je suis à Cuiabá, ville située tout près du Pantanal, le plus grand marécage au monde. Là-bas, j’ai pu observer toutes sortes d’oiseaux : évidemment, le majestueux Arara azul (l’ara bleu en voie d’extinction), toutes sortes de perroquets, des martins-pêcheurs, des Tuiuiu (le symbole du Pantanal). Nous avons de plus côtoyé papillons, palmiers, cactus, caïmans et capivaras (les plus gros rongeurs de la planète)… À faire rêver les amoureux de la nature… »
Changement de décor : Rio de Janeiro
« J’écris pour faire le point sur les derniers jours… Je suis allée passer quelque jours dans la petite ville
balnéaire de Buzios. L’endroit est vraiment fabuleux. On y trouve plusieurs plages, et la végétation rase (cactus, agaves…) me rappelle l’écosystème fascinant des régions désertiques.
Mais bon… tout est très cher, et les gens sont aimables mais très… urbains. Tout le monde reste figé quand j’explique que je travaille en Amazonie. J’ai toujours droit à la même même réaction: “No norte, só tem indios e bichos !” (”Au nord, il n’y a que des indiens et des bibittes !”). C’est spécial, car ça me rappelle un peu l’incompréhension généralisée des gens du sud du Québec par rapport à la réalité du nord et de nos premières nations… C’est frappant comme les situations sont similaires dans les deux hémisphères !
Eh bien voilà, je profite de ma dernière journée à Copacabana, près de la plage la plus belle du monde (selon plusieurs…). Il fait soleil sur Rio de Janeiro, les rues sont bondées et ça me remplit de bonheur. Je me prépare psychologiquement à quitter ce beau pays et à maintenant vivre le choc inévitable de mon retour chez moi. »

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