Récits de séjour en Amazonie – voyage 2005

Premières impressions de l’Amazonie

« J’ai eu aujourd’hui mon premier réveil en terre brésilienne… Après presque de 30 heures de vols et d’aéroports, je suis enfin arrivée à Belém, une ville chaleureuse – grande à peu près comme Montréal – du nord du Brésil. Ici se trouve la « boca da Amazônia », l’endroit où les eaux couleur café de l’Amazone, le fleuve le plus diversifié du monde, se jettent dans l’océan Atlantique !

Pendant la descente en avion, j’ai survolé l’Amazonie, et j’ai pu constater à quel point la déforestation touche la région. Dès que j’ai mis le pied sur terre, j’ai immédiatement été frappée par l’odeur ambiante et par l’impressionnante humidité de l’air… Aussi, j’ai été fascinée devant les énormes manguiers qui bordent les rues de la grande et belle ville tropicale qu’est Belém ! »

 

De la Capitale amazonienne (Belém) à la petite ville de Santarém

« Après m’être baignée pour la première fois dans le majestueux fleuve Amazone sur une petite île située près de Belém, je suis partie pour Santarém. Après une petite heure d’avion au-dessus de la forêt amazonienne, je découvre les charmes de cette ville, beaucoup plus petite et tranquille que Belém. Santarém se situe à la rencontre entre le fleuve Amazone (couleur café) et le rio Tapajós (bleu translucide), à près de trois jours de bateau de Belém. C’est impressionnant de voir les deux eaux se rencontrer et couler côte à côte pendant plusieurs mètres sans se mêler… Ce phénomène est dû à la différence de vélocité des deux cours d’eau ainsi qu’à leurs différentes teneurs en particules organiques en suspension. »

Rencontre avec les communautés rurales de l’Amazonie

« Après deux semaines de vie de bateau, nous avons hier mis le pied à Itaituba. C’est bizarre d’arriver en ville après tant de jours passés dans des communautés rurales… Je n’avais jamais vu d’endroits aussi isolés. Les villages sont très modestes, et les gens y vivent souvent dans des conditions difficiles qui n’ont absolument rien à voir avec que qu’on peut s’imaginer des quartiers huppés de Rio ou de São Paulo. Pas d’électricité ni d’eau courante, parfois un téléphone dans certains villages, mais sans plus. L’activité de ces villages, où vivent quelques dizaines de familles, est la plupart du temps axée autour de l’agriculture et de la pêche. Devant cette simplicité, c’est complètement bouleversant de constater la courtoisie, la fierté et l’accueil des Amazoniens.

La vie en bateau, que du bonheur

La vie sur le bateau est emballante. Mon hamac est devenu mon lit, et le bateau est devenu ma maison… Nous mangeons souvent des poissons locaux (tucunarés, pirarucus, piranhas, tambaqui, etc.) accompagnés des éternels riz, fèves et manioc, soigneusement préparés par nos adorables cuisinières. À tout moment, nous sommes surpris par les fameux dauphins de l’Amazonie. C’est le seul endroit au monde où on retrouve ces dauphins d’eau douce. Ces derniers se sont adaptés à l’eau douce au fil du temps, lors de la désalinisation graduelle des eaux du fleuve Amazone. Ce phénomène s’est produit après le soulèvement des Andes il y a 12 millions d’années, qui a coupé le flot de ce fleuve autrefois salé qui reliait les océans Atlantique et Pacifique.

Entre ciel et rivières

Lors de nos déplacements entre les communautés, j’adore m’installer sur le devant du bateau, près du capitaine, pour observer les grands aras rouges, les urubus ou les quelques toucans qui volent au-dessus de la rivière. Comme les communautés de la région n’ont pas l’électricité, la nuit, le ciel est extraordinaire. Je suis fascinée par la quantité d’étoiles. Tous les soirs, la Croix du Sud nous surprend par sa splendeur… Nommée au Brésil “O Cruzeiro do Sul”, cette constellation est pour l’hémisphère Sud l’équivalent de notre étoile polaire. Il est très étrange de pouvoir observer le reflet de ces astres, et même celui de la Voie lactée, dans les eaux tranquilles du Tapajós. Aussi, la nuit, je me réveille souvent en sursaut dans mon hamac, au son des singes hurleurs qui remplissent par leurs cris l’espace autour du bateau…

Je suis profondément transportée par la beauté de ce monde. Je pourrais écrire sur la splendeur des nobles castanheiras, les grands arbres qui produisent la délicieuse noix du Brésil, richesse de l’Amazonie. Heureusement, ces arbres sont aujourd’hui protégés par la loi brésilienne et échappent parfois à la déforestation qui s’est accentuée dans les dernières décennies. Je pourrais m’étendre sur l’immense diversité biologique, culturelle et ethnique qui règne dans ce pays… ou encore, je pourrais écrire sur ces merveilleux couchers de soleil qui n’existent qu’ici, mais j’aurais peur de ne pas avoir les mots pour décrire ce que je vois… »

L’Amazonie : terre d’accueil

« Après avoir passé plus d’un mois sur le bateau à naviguer sur la rivière entre les communautés, si différentes les unes des autres mais toutes autant attachantes, je réalise que j’ai vécu tant de belles surprises, de découvertes étonnantes, de rencontres émouvantes… Aucun problème majeur n’est survenu au cours de toutes ces semaines. Issus de notre monde souvent aseptisé (au Nord), nous avons bien souvent tendance à avoir une vision biaisée de l’Amazonie et à imaginer que la région se résume à : malaria, parasites et piranhas… Au contraire, j’ai été complètement enchantée par les gens des communautés, très coopératifs et dont la gentillesse me touche toujours davantage chaque jour.

Réflexions post-expédition

La vie sur le bateau me manque déjà et je ne peux que repasser dans mon esprit tous les moments qui m ont fait grandir pendant ce séjour. L’ambiance était parfois tendue (ce qui est très normal dans une vie de groupe aussi intense), mais cette situation inhabituelle m’a permis de retrouver l’essentiel, c’est-à-dire une vie sans artifice et dans une simplicité qui fait réfléchir.

Malgré tout ce que la vie de bateau peut apporter comme réflexion, Je suis heureuse d’avoir eu la chance de quitter un peu notre navire-maison pour aller vivre pendant quelques jours dans une petite communauté composée d’une trentaine de familles. Nous avons été reçus avec une attention qui existe rarement dans les sociétés d’abondance par des gens qui sont très loin de vivre dans le luxe… Je ressens un immense sentiment de reconnaissance envers ces gens, mais je suis aussi troublée par ce paradoxe. Je revois encore toutes ces personnes remplies d’authenticité qui me poussent à me resituer face à moi-même, face à notre place dans cette société si inéquitable et face au monde qui nous entoure.

Je dois maintenant laisser retomber la poussière… je reste marquée par l’Amazonie mais je dois maintenant continuer mon chemin seule dans ce beau grand pays rempli de paradoxes et de contrastes… »

Brasilia : le choc de mon arrivée dans la Capitale moderne du Brésil

« Je suis dans la capitale brésilienne: Brasilia. Je suis encore estomaquée par ce qui se présente à mes yeux depuis mon arrivée ici. La ville est très moderne, très cartésienne et organisée, tout le contraire de l’Amazonie. La ville est très jeune, et elle a été planifiée de manière à avoir la forme d’un avion. L’artère principale représente le corps de l’avion, et les rues transversales sont ses grandes ailes. C’est difficile à imaginer… Les édifices gouvernementaux, le congrès, les ambassades, tout est… quel adjectif utiliser ? Quadrillé ? Je ne sais pas, je me sens très dépaysée…

Je trouve la capitale quand même très impressionnante et assez belle. Mais je ressens une rage en constatant cette inégalité flagrante au sein de ce même pays. On dit que le Brésil est le pays le plus inégal (en terme de distribution de la richesse) de la planète. Ici, on voit un luxe qui me lève un peu le coeur (cette même richesse qui me donne si souvent envie de crier chez nous…). Les gens à la mode, les rues belles et propres, les immeubles qui respirent l’abondance. C est vrai qu il y a aussi de la pauvreté ici, mais bon… à la périphérie et hors de la vue des fonctionnaires, évidemment. Le contraste entre Brasilia est d’autant plus marquant que je ne connais aucune autre ville de ce genre en Amérique latine. Ailleurs, les capitales (Lima, Managua, La Paz, Buenos Aires…) reflètent quand même à un certain degré l’esprit et les paradoxes du reste du pays. Ici, rien à voir. »

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